Conte de Noël mood - le voyage de Nivori

1 déc. 2025

Un voyage en 24 escales ✨ à lire, imaginer, découvrir chaque jour !

Épisode 1 “Là où tout devient minuscule”

Le 1er décembre, avant même que la boutique n’ouvre et que l’atelier ne s’éveille, un petit lutin au bonnet trop long s’étira dans l’ombre d’une étagère.
Il s’appelait Nivori, et cette année encore, il devait rejoindre le Père Noël avant la Grande Nuit.
Mais il avait décidé de partir plus tard que les autres.
Beaucoup plus tard.

Parce que cette fois, il avait un dernier lieu à explorer : l’univers mood.

Il s’approcha d’une bague posée près d’un outil de sertissage, effleura le métal froid… et soudain, sans prévenir, tout changea.

Le monde autour de lui se mit à grandir.
Ou plutôt : lui se mit à rétrécir.

Son bonnet glissa comme une voile trop lourde.
Les veines du bois du meuble devinrent des canyons.
Un simple grain de poussière scintilla comme un astre.
Et quand il leva les yeux vers la bague, il la vit telle qu’aucun humain ne pourrait jamais la voir :
immense, brillante, mystérieuse comme une planète encore inexplorée.

Une vibration légère traversa le métal — presque un appel.

Alors Nivori fit le premier pas de son voyage minuscule.

Sous ses pieds, la surface du bureau devenait un paysage, un désert doré où les empreintes des joaillières formaient des vallées douces.
Plus loin, il aperçut une lime abandonnée : une montagne de métal constellée de cristaux microscopiques.
Chaque particule, chaque éclat, racontait un geste, un savoir-faire, une histoire.

L’air sentait la limaille, le bois, et la magie du travail en devenir.

Nivori comprit alors qu’il allait traverser un monde que personne ne voit jamais :
le royaume secret où naissent les bijoux,
où les diamants sont encore des soleils endormis,
où le métal respire sous la chaleur des mains,
et où les rêves de la mood family prennent forme grain après grain, éclat après éclat.

Le lutin serra son bonnet, devenu plus grand que lui, et murmura :

Si tout est si beau à cette taille… que vais-je encore découvrir demain ?

Et dans le silence enchanté du premier matin de l’Avent, il s’avança vers la première grande aventure :
la rencontre avec la matière elle-même.

À suivre…

2ème escale: “L’Aurore dans le Titane”


Nivori, toujours minuscule comme un grain de poussière égaré, avançait prudemment sur ce qui lui semblait être un immense pont métallique.
En réalité, c’était simplement la grille de travail où reposaient plusieurs anneaux en titane, encore gris et silencieux.

Sous ses pieds, les fils de métal formaient un treillis géant, un filet d’argent suspendu dans la lumière de l’atelier.
Autour de lui, il entendait les rires lointains des bijoutières, comme des cloches joyeuses résonnant dans un royaume trop vaste pour sa nouvelle taille.

Tout semblait paisible.

Jusqu’à ce qu’il sente… un souffle.
Un souffle chaud, puissant, qui fit vibrer la grille sous ses bottes minuscules.

Oh oh… ça, ce n’est pas normal… pensa-t-il.

Une lumière vive apparut soudain au bout de la table, comme un soleil qui naît en plein hiver.
La chaleur devint intense.
La grille trembla.
Nivori, paniqué mais agile, courut, bondissant de fil en fil, avant de se jeter derrière un lourd support en fer.
De là, il risqua un œil.

Et ce qu’il vit…
Il ne l’aurait jamais cru possible.

Une flamme, fine mais éblouissante comme un éclair apprivoisée, dansait devant les anneaux de titane.
À mesure qu’elle glissait sur le métal, quelque chose d’extraordinaire se produisit :

Les anneaux gris se mirent à rouler doucement, comme s’ils saluaient la lumière.
Les grains métalliques vibraient…
Et les couleurs naissaient.

D’abord un reflet discret, un soupçon de violet.
Puis un rouge chaud.
Un bronze profond.
Un bleu si intense qu’il scintillait comme une étoile gelée.

C’était une transformation silencieuse, mais immense.
Nivori n’osait plus cligner des yeux.

Devant lui, les anneaux prenaient l’apparence de miniatures d’aurores boréales, des vagues de couleurs qui glissaient, respiraient, se mêlaient.

Il n’avait jamais rien vu de si beau.

La lumière était presque trop forte, mais il ne pouvait s’empêcher de regarder.
C’était comme si le titane capturait la magie elle-même.

Puis, aussi soudainement qu’elle était apparue, la flamme s’éteignit.

Le silence retomba.
La grille resta chaude encore quelques instants, fumante comme un sol volcanique.
Nivori attendit.
Une minute. Deux. Trois.

Puis, avec une prudence émerveillée, il s’approcha.

Les anneaux posés devant lui n’étaient plus gris.
Ils irradiaient de couleurs profondes, changeantes, comme si chacune contenait un fragment de ciel polaire.

Il tendit la main, toucha le métal encore tiède.

Ils ont attrapé la lumière des aurores boréales… murmura-t-il.

Et dans son cœur minuscule, une certitude naquit :
l’atelier mood cachait des merveilles bien plus grandes encore.

À suivre… 

 

3ème escale: Le Bain des Couleurs

Nivori avançait désormais d’un pas émerveillé dans son microcosme mood. Chaque détour, chaque outil, chaque éclat de lumière révélait un savoir-faire qu’aucun lutin n’avait jamais eu le privilège d’observer de si près.

Ce matin-là, il arriva dans l’un des endroits les plus secrets de tout l’atelier : le domaine de la magicienne des couleurs, celle que les bijoutières appellent affectueusement leur Picasso.

Sur les grands établis de bois, Nivori se faufilait comme un funambule. Il sautait par-dessus les limes longues comme des ponts, se glissait entre les machines à graver — qu’il se promettait de découvrir un autre jour — puis escalada une à une des boîtes remplies d’anneaux blancs, aussi grands que des roues de moulin à sa taille minuscule.

Arrivé au sommet, son souffle se coupa : devant lui s’étendait une vaste mer fumante, une eau qui bouillonnait comme les sources chaudes d’Islande. Autour, des dizaines de récipients débordaient de liquides colorés, vibrants comme des potions enchantées.

Curieux, il voulut s’approcher. Il accrocha un long fil de métal, le laissa glisser entre ses mains et commença sa descente, lentement… prudemment…

Mais soudain — fouuuush ! — il fut soulevé dans les airs !
Une lutine mood, sans l’avoir vu, avait attrapé le fil et y avait accroché un immense anneau blanc. Immense à la taille de Nivori, évidemment.

Le petit lutin sentit son cœur s'emballer : il était transporté droit vers l’un des mystérieux bains colorés.
La chaleur douce se faisait de plus en plus intense… trop intense… et puis....

PLOUF !

Nivori disparut dans un liquide pourpre-violet, avec l’anneau. Heureusement, seule sa petite tête dépassait, ses oreilles tremblant au-dessus de la surface.
Quelques secondes plus tard, il fut sorti d’un geste net, secoué violemment, puis plongé dans un bain glacé qui lui coupa le souffle.
Encore quelques secousses… puis silence. Le fil fut réaccroché au support.

L’anneau, désormais devenu d’un violet profond et somptueux, avait déjà disparu dans un autre coin de l’atelier.

Quant à Nivori…

Tremblant et dégoulinant, il se réfugia dans le recoin d’une caisse.
Il se regarda les mains. Puis ses jambes. Puis sa tunique.

Oh non.

Le petit lutin Nivori était devenu… violet.

Il soupira.
« C’est malin, ça… »

Et pourtant, au fond de lui, il le savait : ce n’était que le début d’une incroyable aventure…. colorée …

à suivre !

4ème Escale : Le Trésor du Grand Plot

Nivori s’éveilla ce 4 décembre avec un rêve encore accroché au coin de son esprit :
cette nuit, il avait vu un gigantesque tronc d’arbre dressé au milieu de l’atelier, un tronc qui semblait l’appeler.
Un tronc… ou plutôt le grand plot des bijoutières mood, celui sur lequel naissent tant de trésors en argent.

Bien décidé à l’explorer, il attendit la tombée du soir.
Lorsque l’atelier s’assoupit, les machines silencieuses et les outils rangés, quelques bougies furent laissées allumées — comme si les fées de l’atelier savaient qu’un petit visiteur nocturne avait encore besoin de lumière.

Nivori s'approcha du grand plot. De sa taille minuscule, il lui paraissait haut comme une montagne.
Il posa une main sur l’écorce vieillie par les années de travail, inspira profondément, et commença son ascension.

Centimètre après centimètre, il s’agrippait aux creux du bois, glissait parfois, riait souvent.
Il grimpa jusqu’au large sillon où les bijoutières déposent leurs outils pour frapper les anneaux.
Le bois y était tiède, poli par les gestes répétés, chargé de la mémoire de milliers de coups.

Puis, d’un dernier effort, il atteignit le sommet…

Et resta bouche bée.

Devant lui, sous la lumière dorée des bougies, s’étendait un paysage d’argent.
Des anneaux martelés formaient un relief de petites facettes scintillantes, comme une chaîne de montagnes sous la lune.
Plus loin, des anneaux froissés créaient des vallées de plis et de crevasses où la lumière dansait.
Et là, délicatement posés, des anneaux piquetés semblaient recouverts d’une poudre d’étoiles, doux comme du velours.

Il s’avança, émerveillé.

Il posa sa main sur une facette martelée : elle vibra légèrement, comme si elle gardait l’écho du dernier coup de marteau.
Il sauta d’un sillon froissé à un autre, éclatant d’un petit rire à chaque rebond.
Il caressa du bout des doigts la surface poudrée d’un anneau piqueté, respirant cette sensation unique d’un paysage métallique façonné par des mains patientes.

Dans la lumière tremblante des bougies, les matières devenaient vivantes : des roches argentées sculptées par le temps et la passion des bijoutières.

Et Nivori comprit la magie.
Ce n’était pas seulement du métal : c’était la trace des gestes, des rêves, de la créativité.
Une alchimie entre l’humain… et un soupçon de féerie.

Avant de redescendre, il eut une idée.
Il fouilla dans sa poche — une petite poche de lutin où se cachent toujours quelques poussières d’étoiles — et y prit un minuscule éclat brillant.

Il le posa au centre du plot, juste là où la lumière des bougies se refléterait le mieux.

Puis il repartit, glissant le long du bois, disparaissant dans l’atelier endormi.

Le lendemain matin, les bijoutières trouvèrent, entre deux anneaux, une petite lueur scintillante…

Et l’une d’elles murmura :

Il est repassé cette nuit, j’en suis certaine.

 

Conte de l’Avent – Escale n°5 : Le Saut des Ombres d’Acier

La nuit s’était installée doucement sur l’atelier mood.
Nivori, encore teinté de violet depuis sa mésaventure du bain de couleur, continuait sa promenade à la lueur tremblante des bougies.
L’obscurité adoucissait les contours et étirait les ombres — et pour un lutin haut comme trois noisettes, chaque pas devenait une grande expédition.

Au loin, il aperçut un établi légèrement isolé, où, ces derniers jours, il avait vu beaucoup d’animation.
De mystérieux allers-retours. Des outils qui changent de place. Des murmures enthousiastes.

Son cœur de lutin-curieux ne fit qu’un tour.
Il devait aller voir.

Mais comment atteindre ce promontoire gigantesque ?
Les parois étaient lisses comme du verre, aucun meuble à proximité, aucune prise…

Enfin… presque aucune.

Juste à côté se dressait une grande étagère remplie de petites boîtes, et — tout en haut — le sapin de Noël des bijoutières.
Il brillait doucement dans la pénombre, décoré de longues guirlandes nacrées et de boules transparentes où dansaient des cœurs, des plumes et des flocons scintillants.

Une idée étincela dans son esprit :
et si… il utilisait une guirlande comme liane ?

Nivori escalada les boîtes une par une, étage après étage, soufflant un peu, glissant parfois, riant souvent.
Arrivé au sommet, il atteignit le sapin et décrocha une longue guirlande blanche nacrée.
Il jaugea la distance.
Il déglutit.

Puis, prenant son courage à deux mains… il sauta.

La guirlande se tendit.
Il se balança.
Et, de justesse, atterrit sur le petit établi, s’écroulant à genoux, le souffle court.
Il n’était vraiment pas fan du vide.

Lorsqu’il releva la tête, il aperçut des formes étranges.
Des silhouettes mouvantes… ou peut-être était-ce la lumière des bougies qui dansaient ?

Prudemment, il avança, se glissa derrière une énorme brosse remplie de poussière métallique.
Il éternua — un atchoum miniature — et un bruit lourd de métal résonna non loin.
Il sursauta, le cœur battant.

Il osa un pas de plus.
Puis un autre.

Et soudain, tout un monde s’ouvrit devant lui.

Des silhouettes d’acier découpé, aussi grandes que lui.
Un berger entouré de ses vaches prêtes pour la Désalpes, figées dans une marche éternelle.
Une forêt de petits sapins métalliques, dans laquelle il se faufila comme dans un rêve.
Puis un chalet finement ajouré, ses fenêtres laissant passer la lumière des bougies comme si quelqu’un y habitait encore.

Il longea la façade et découvrit une ronde de personnages qui semblaient danser une fête traditionnelle.
Tout était immobile, silencieux… mais terriblement vivant.

Et puis — majestueux, vibrant, solaire — le Cervin d’acier se dressa devant lui, bien plus haut que lui, découpé avec une précision incroyable.
Nivori en resta bouche bée.

Pris dans son émerveillement, il en oublia la prudence.

Jusqu’à ce que la lumière s’allume.

Une lutine mood venait d’entrer dans l’atelier.
Si tard ?
Pourquoi ?

Nivori n’eut pas le temps de réfléchir.

Ni une ni deux, il fonça vers la guirlande laissée en place.
Il s’y agrippa, s’élança dans le vide… mais n’avait pas assez d’élan.

La guirlande se tendit, puis resta immobile.
Et Nivori se retrouva suspendu… à mi-hauteur… incapable de remonter, incapable de descendre.

Il n’y avait plus qu’une solution.

Il allait devoir… sauter.

 

Conte de l'Avent mood - escale n°6 – La chute et le réveil

Hier soir, Nivori n’avait plus qu’un choix… sauter. 

Suspendu à la guirlande, ses petits bras tremblaient. Les secondes s’étiraient comme des heures, la peur le paralysait, et l’idée d’être surpris par la lutine mood faisait battre son cœur encore plus fort. Ses mains glissaient. Et, terrifié, les yeux fermés… il lâcha.

Un choc. Puis plus rien. Le noir complet.
Le petit lutin gisait au sol, inanimé, tout fragile.

C’est alors que la lutine mood, intriguée par cette guirlande encore suspendue dans le vide, s’approcha. Une lueur minuscule au sol attira son regard. En se penchant, elle découvrit un tout petit lutin… et une poche de son costume d’où dépassait une poudre scintillante.
Il était si minuscule qu’il lui fallut plusieurs secondes pour comprendre qu’il respirait encore, simplement assommé.

Prudente, elle chercha comment le ramasser sans lui faire de mal. Sur l’établi, elle trouva une minuscule cuillère – presque à sa taille – et une petite spatule. Avec une pince, elle guida délicatement le corps du lutin dans la cuillère, puis le déposa au creux de sa main avec une infinie douceur.

Elle descendit ensuite dans l'espace café "chez mood, cherchant un endroit sûr où le déposer. Là, une grande boule de Noël ouverte attira son attention. Elle l’arma de ouate moelleuse et y installa le lutin endormi, à l’abri, comme dans un nid de coton.

C’est ainsi que Nivori put reprendre lentement ses esprits, bercé par la chaleur des lanternes, sans se douter qu’au lendemain, dans l'après midi, il se réveillerait dans un nouveau chapitre de son voyage… sous le regard émerveillé de notre conteuse, prête à partager sa magie avec les enfants de la mood family.

Blotti dans la boule de Noël, entre les coussins de ouate, Nivori ouvrit enfin un œil. Tout était flou. Les lumières dansaient autour de lui comme de petites lucioles, et sa tête bourdonnait encore un peu de sa grande chute. Il sentit une chaleur rassurante, celle des lanternes du café mood, et une douce voix qui murmurait au loin.

Il tendit l’oreille.
La conteuse venait de commencer l’histoire du jour.

Au début, Nivori voulait simplement écouter… juste écouter, sans bouger. Mais quelque chose de merveilleux se produisit. Au fil des phrases, la voix devint plus vaste, plus lumineuse, comme si elle tissait de la magie tout autour de lui. Les mots s’enroulaient comme un ruban doux, et peu à peu, son corps léger se mit à flotter.

Encore un peu groggy, il n’était plus tout à fait sûr d’être éveillé.
Était-il en train de rêver ?
Ou vivait-il réellement le conte que la conteuse partageait avec les enfants ?

Alors, sans qu’il ne comprenne comment, il se retrouva dans l’histoire.
Les paysages prenaient forme tout autour de lui : les montagnes apparurent comme sculptées dans la lumière, un vent frais glissa sur ses joues, et la neige se mit à tomber en petits flocons brillants. Son cœur, encore un peu fatigué, s’allégea. Il se sentait porté, guidé, comme si la magie de Noël venait le soulever du fond de sa boule de ouate pour l’inviter à vivre le conte de l’intérieur.

Et tandis que la conteuse continuait son récit, Nivori avançait déjà dans ce nouveau monde enchanté, prêt pour une nouvelle escale de son voyage.

à suivre...

Conte n°7 – Le carnet des rêves

Toujours bercé entre sommeil et éveil, Nivori poursuivait son étrange voyage. Tout autour de lui, le monde semblait fait de coton et de lumière. Il bondissait de nuage en nuage, léger comme une plume, attiré par de petits éclats scintillants qui dansaient dans l’air.

C’est alors qu’entre deux nuages, il aperçut un anneau suspendu dans le vide, comme posé dans le ciel. Sur sa surface, quelque chose se traçait… une écriture brillante, délicate, fluide. Une langue mystérieuse, peut-être elfique, peut-être ancienne… Nivori en resta bouche bée. Où se trouvait-il donc ?

Un bruissement le fit se retourner.
Là, juste à côté, un autre lutin travaillait un anneau. Ses gestes étaient précis, presque rituels. Il y déposait une pierre d’or, puis une autre couleur bronze, puis une pierre sombre comme une roche volcanique, noire et lustrée. À mesure qu’il avançait, le décor autour d’eux changeait. Les images tourbillonnaient, se superposaient : un ciel d’aurore, une forêt dorée, un lac de nuit où se reflétait la lune.

Tout se mélangeait, comme si les rêves se bousculaient.

Et soudain, Nivori comprit.
Il n’était plus seulement dans une histoire…
Il était entré dans les rêves de la mood family.

Ces éclats, ces anneaux, ces paysages merveilleux… ce n’étaient pas des illusions : c’étaient leurs imaginaires, leurs envies secrètes, leurs inspirations nocturnes. Ébloui, Nivori sentit une excitation monter en lui. Il devait tout garder en mémoire !

Il ouvrit alors son minuscule calepin, celui qu’il gardait toujours dans sa poche. Une page après l’autre, il nota : les pierres, les lumières, les formes, les décors, les mots étranges gravés dans l’or. Tout ce qu’il voyait, tout ce qu’il ressentait.

Car il le savait maintenant :
il fallait qu’il raconte tout cela à la lutine mood.

Il ne savait pas encore comment… ni quand…
Mais ces rêves étaient trop beaux pour rester endormis.
Ils devaient prendre vie.

Et Nivori, avec ses petites mains et ses grands yeux émerveillés, en était devenu le gardien.

à suivre...

Conte n°8 – La poussière des rêves

Son calepin serré sous le bras, Nivori était déterminé : il devait retourner dans le monde réel de l’atelier mood. Là-bas, il glisserait quelques idées aux lutines bijoutières… au cas où, comme il disait toujours. Ces merveilles qu’il avait vues dans les rêves de la mood family ne pouvaient pas rester simplement… des rêves.

Mais le petit lutin était partagé.
Une partie de lui voulait encore voguer parmi ces paysages merveilleux, ces visions féeriques où la créativité de chacun se transformait en lumière.
L’autre partie savait qu’il devait poursuivre son grand trajet jusqu’au Pôle Nord. Et… il lui restait encore environ 150’000 km à parcourir. Rien que ça.

Il avait bien en tête une idée un peu folle — utiliser le mécanisme d’une montre comme catapulte temporelle pour se projeter tout là-haut… mais ceci, c’était une autre histoire (et quelle histoire !).

Revenons à l’essentiel.
Il fallait le canaliser un peu, ce lutin.

Décidé à retrouver l’atelier mood, Nivori regarda autour de lui. Entre deux nuages, il aperçut alors un long tube entortillé, brillant, ondulant comme un gigantesque toboggan de Leysin. Un chemin en spirale descendant tout droit vers… les fées, évidemment !

C’est ça ! murmura-t-il. C’est le chemin qui me ramènera vers elles !

Sans hésiter une seconde, il bondit de nuage en nuage, prit son élan et… hop ! Le voilà qui plongea dans le toboggan.

Aussitôt, il fut enveloppé d’un tourbillon de lumière et d’étoiles. Des couleurs dansaient autour de lui : des éclats dorés, des étincelles violettes, des rubans d’aurores boréales. C’était comme vivre mille rêves à la seconde. Comme regarder l’imagination du monde se dérouler devant ses yeux, accélérée, flamboyante, infinie.

C’était si beau que des larmes se formèrent au coin de ses yeux minuscules.

Il faut… il faut que les fées transmettent tout cela… pensa-t-il.
Tant de beauté ne peut pas rester enfermée dans le sommeil.

Tout au long de sa descente, il glissa sa main sur la paroi du toboggan. Une fine poussière se déposa sur sa paume : des paillettes lumineuses, multicolores, comme si tous les rêves du monde s’étaient condensés en poudre scintillante.

L’essence même des rêves.

Après de longues secondes, la paroi s’ouvrit brusquement. Nivori referma son petit poing très vite, comme pour protéger un trésor, et glissa cette poudre dans la poche de son manteau.

En un clignement d’œil, il se retrouva… ailleurs.
Dans un nouvel atelier.

Autour de lui, des milliers — oui, des milliers ! — de pierres immenses, colorées, lumineuses. C’était comme se retrouver au cœur d’une montagne de joyaux.

Alors, doucement, il ouvrit son poing.
Il laissa s’échapper une petite pluie de poussière de rêve, qui se déposa sur quelques pierres.

Puis il murmura :

Comment la lutine aux mille pierres transformera-t-elle tout cela en trésor ?

Il n’en avait aucune idée.
Mais il avait hâte de le découvrir.

À suivre…

Conte n°9 – Le cocon de lumière

Nivori venait d’arriver dans l’antre des pierres précieuses.
Un monde extraordinaire.
Un monde où chaque parcelle de lumière, même la plus discrète, devenait un rayon d’enchantement dès qu’elle touchait le premier cristal.

Devant lui, les couleurs se mêlaient, glissaient, se reflétaient comme une pluie d’étoiles figée dans le temps. Tout vibrait, tout scintillait. Et cette beauté-là… cette beauté-là le traversa de part en part.

Il sentit une émotion vive, presque trop grande pour lui.
Une énergie qui semblait l’élever, le porter, ouvrir en lui des portes qu’il n’avait jamais osé pousser.
Des souvenirs, des rêves enfouis très profondément revinrent, comme ramenés à la surface par la lumière même des pierres.

Son petit cœur battait très fort.

Ce soir-là, lorsque la sertisseuse quitta l’atelier en laissant ses outils prendre un repos bien mérité — ses mains et ses bras aussi, enfin ! — Nivori s’aventura entre les anneaux de pierres, déposés délicatement sur l’établi en attendant le lendemain.

Il ressentait ce besoin étrange, puissant, de vivre cette énergie jusqu’au bout.
Quelque chose l’appelait.
Quelque chose voulait naître.

Il marcha, chercha, sans savoir exactement quoi ni comment.
Il avançait au rythme de son intuition, observant chaque anneau, chaque gemme, chaque éclat.

Puis il la vit.

Une forme ronde.
Comme une petite maison circulaire, ou une tour de lumière.
Un assemblage miniature de diamants minuscules, posés les uns contre les autres. Un cercle… puis un deuxième… un troisième… six, huit… Un tourbillon de cristaux.

C’est ça… souffla-t-il.
C’est exactement ça.

Il trouva un moyen de grimper, puis de sauter au cœur de cette ronde scintillante.
Là, enveloppé par des dizaines de gemmes étincelantes, il sortit de sa poche son petit poing toujours fermé si fort.

Et il ouvrit la main.

Juste quelques grains de poussière de rêve s’échappèrent. Pas plus.
Il n’en fallut pas davantage.

Le cercle de diamants s’illumina d’un coup, comme si quelque chose se réveillait, montait, s’élevait. Une colonne de lumière douce, chaude, vibrante.

Nivori sentit son cœur chauffer, résonner, profondément.
Ce n’était plus seulement un cercle de pierres.
C’était un cocon.
Un refuge.
Un lieu de ressources.
Un anneau puissant, rempli de l’essence même des rêves.

Ému, le petit lutin s’assit au centre.
Il ferma les yeux.
Il laissa la lumière entrer en lui, doucement, comme une onde.

Et, enveloppé de cette beauté, il s’endormit. 

à suivre...

Conte n°10 – La magicienne des pierres

Nivori s’éveilla d’une très longue nuit, encore enveloppé dans la tiédeur de son cocon de lumière.
Il ne savait plus exactement où il se trouvait, mais ce qu’il ressentait…
C’était doux, chaud, merveilleux.
Il était certain d’être arrivé soit au paradis des fées, soit chez Mère Noël elle-même.

Il ouvrit un œil, tout doucement.
Une lumière tamisée baignait la pièce d’une aura paisible.
Quel endroit magique… pensa-t-il, apaisé.

Quand soudain —
Un grondement.
Fort. Intense.
Un bruit qui fit bondir son petit cœur dans sa poitrine.

Il se recroquevilla aussitôt dans son cocon, espérant y trouver un semblant de protection.

Mais le grondement reprit, plus fort encore.
Ou plutôt… un grognement.
Quelle créature pouvait bien produire un tel bruit ?
Une bête féroce ? Un troll des montagnes ? Une hyène des glaces du Nord ?

Puis des pas. Qui s’approchaient.
Lentement.
Lourdement.

La lumière jaillit d’un coup, éclatante.
Terrifié, Nivori tenta de devenir encore plus petit qu’il ne l’était déjà.

Le grognement se transforma… en jurons.
Des jurons ?
Quelle étrange bête grogne en jurant ?

Puis un visage apparut juste au-dessus de lui.

Nivori se crut perdu.
Fini.
Dévoré.
Il tremblait de tous ses membres.

Une grande pincette l’attrapa par son gilet vert — si fort qu’il faillit s’étrangler.

« Mais que fais-tu là, minuscule lutin ? » tonna la grosse voix.

Essayant de parler, mais étranglé par la pince, Nivori agita les bras, paniqué, pour faire comprendre à l’ogre — car il était convaincu d’avoir affaire à un ogre — qu’il devait être reposé.

Heureusement, la créature comprit et le déposa délicatement sur l’établi.

Le lutin leva les yeux…

Ce n’était pas un ogre.
Pas un troll.
Pas une bête féroce.

C’étaient des yeux de fée.
Des yeux où dansaient mille étoiles.

Une lutine.
Une vraie.
Et pas n’importe laquelle : la magicienne des pierres, la gardienne des gemmes, celle dont on murmure qu’elle peut capter la lumière des rêves pour en faire des trésors.

Évidemment…
Nivori avait un peu — disons… touché, manipulé, observé, escaladé — certaines pierres pendant la nuit.
Elle n’en était pas franchement ravie.
(Pour être poli.)

Mais lorsqu’elle réalisa qu’elle avait devant elle un véritable lutin de Noël, son visage changea aussitôt.
Il s’illumina comme un lever de soleil sur la neige fraîche.

« Mais que fais-tu là, petit lutin ? » répéta-t-elle, cette fois avec une douceur infinie.

Alors Nivori lui raconta.
Qu’il voulait comprendre son monde.
Découvrir comment elle donnait vie aux pierres.
Comment elle avait créé ce cocon lumineux qui l’avait transporté si loin cette nuit-là.
Comment elle parvenait à concentrer tant d’énergie dans ces anneaux précieux.

Elle hocha la tête, soupira, puis dit :

« Assieds-toi là, petit lutin. Et regarde.
Mais promets-moi… promets-moi que tu ne raconteras cela à personne. »

La magicienne prit un outil à la pointe minuscule et le posa sur la matière.
Un geste précis.
Un grain.
Puis un deuxième.

Elle attrapa ensuite une pierre d’un vert émeraude intense, et la positionna délicatement près du métal travaillé.

Nivori retenait son souffle.
Ce qu’il allait voir… personne ne devait le voir.

La suite ?
Eh bien… nous verrons si nous avons le droit de vous la raconter.

À suivre…

Conte n°11 — La Magie de l’Éclat

Ce soir-là, notre minuscule lutin Nivori s’assied prudemment sur le support des outils de la fée sertisseuse. En fin de journée, elle lui a promis un moment à part, un instant suspendu où il pourra entrer dans son univers : celui des pierres, du scintillement… et du secret de leur éclat.

Lovés entre deux fraises (pas les fruits… les outils !), Nivori ouvre grand ses yeux. La voix douce et profonde de la fée résonne :

Voilà, écoute bien petit lutin… et regarde.

Elle lui montre un diamant — immense pour sa taille — posé délicatement sur l’établi.

Tu as la chance d’être si petit que tu verras ce que peu d’êtres peuvent voir… De tout près.

Elle place la pierre sous la lumière, et commence à conter :

Tu vois, quand la lumière entre dans un diamant, elle ralentit, comme capturée par la matière. Son énergie se concentre, gagne en puissance. À l’intérieur, les facettes sont comme de minuscules miroirs… La lumière y rebondit, encore et encore, danse, se dédouble, devient une boule lumineuse prête à éclater.

Nivori observe, fasciné : une véritable tempête d’éclats se joue sous ses yeux.

Puis, quand cette énergie trouve enfin son chemin vers l’extérieur, elle jaillit comme un feu : éclats blancs, reflets vifs, couleurs spectrales… tout naît de ce voyage à travers les facettes.

Elle dépose alors plusieurs petits diamants côte à côte.

Et lorsque plusieurs pierres sont réunies… la magie s’amplifie. La lumière bondit de l’une à l’autre, accélère, gagne encore en intensité. C’est pour cela que tu as ressenti cette force, cette émotion : tu étais en plein cœur de leur énergie.

Devant lui, la fée saisit une minuscule pince. Sous ses doigts agiles, elle fixe une pierre. Puis une deuxième. Puis une troisième. Enfin, elle approche une source de lumière fine, presque invisible.

Un miracle se produit.

Nivori comprend. Il voit l’éclat naître, se multiplier, devenir presque vivant. Il comprend le rôle de la fée : tracer des chemins de lumière, pierre après pierre, avec une précision sacrée.

Il en a le souffle coupé.

Mais alors… et les couleurs ? demande-t-il, des étoiles dans les yeux.

La fée esquisse un sourire mystérieux.

Petit lutin… je ne peux pas tout te dévoiler. Pas encore. Certaines magies se méritent.

à suivre...

Conte n°12 — La Caverne de Neige Éternelle

Le lutin, encore émerveillé par ces instants hors du temps passés dans le monde secret des pierres précieuses, réalisa soudain combien les heures avaient filé…
Dans moins de douze jours, il devait absolument rejoindre le village du Père Noël. Sa mission ? Vérifier que chaque trésor, chaque cadeau, trouve sa place dans le grand traîneau.
Mais il lui restait encore tant de chemin à parcourir… et tant de secrets de fées à découvrir.

Tiraillé entre l’envie de se laisser porter par la magie et l’obligation d’avancer sur les 3 000 kilomètres qui l’attendaient, il prit enfin sa décision :
cette fois-ci, il reprend la route.

Dans son sac à dos, il glissa :
— sa poudre de rêves,
— un minuscule diamant offert par la fée, pour lui donner de l’énergie,
— la Grande Carte du Grand Voyage (car le 24 au soir, il aura 150 000 km à parcourir… mais ceci est une autre histoire),
— quelques cerneaux de noix,
— et surtout… un carnet où il avait noté tout ce qu’il lui restait encore à découvrir.

Assez rêvassé. En avant la musique.
Objectif du soir : une caverne plus au nord, où la neige serait, dit-on, éternelle…

❄️ ❄️ ❄️

Après plusieurs heures de marche, il arriva dans un bois très, très, très froid. On lui avait dit de chercher une caverne — ou plus précisément une faille dans la roche — d’où l’on pouvait deviner une lumière.
Tout autour, le givre serait plus présent qu’à l’habitude.

Il suivait de minuscules empreintes qui marquaient une herbe devenue de plus en plus craquante sous l’effet du gel. Peu à peu, du givre se formait sur ses vêtements, et chacun de ses souffles se transformait en cristaux.
Il devait être proche.

En s’appuyant sur son bâton, il entendait les feuilles craquer doucement, étouffées par le givre.
Puis, soudain, elle apparut :
une faille blanchie, exceptionnellement brillante.

La Caverne de Neige Éternelle.

❄️ ❄️ ❄️

Il se glissa à l’intérieur. Après quelques pas, il déboucha dans une voûte cristalline, entièrement blanche de givre.
En son cœur, un minuscule établi.
Et un lutin — petit, très petit — mais surtout vieux de plus de 21 ans son aîné (déjà que Nivori a bien quelques "kil" à son actif...).

Le vieux lutin ne parla pas.
Juste trois mots :
— Viens.
— Assieds-toi.

Nivori s’approcha, impressionné, et s’assit.
Le vieux lutin le fixa un instant, puis ouvrit son poing.

Dans sa paume scintillaient des cristaux de neige, tous plus beaux les uns que les autres.

Il en prit un, le fit fondre sur une surface d’argent avec un minuscule chalumeau.
Puis un deuxième flocon, à peine fondu pour se mélanger au métal, et qui se figea instantanément dans le froid de la caverne.
Puis un autre.
Et encore.
Et encore.

Après de très longues minutes, le vieux lutin demanda enfin à Nivori d’ouvrir son poing… et de laisser s’échapper deux grains de lumière.

Alors, les flocons s’illuminèrent.
Les yeux du vieux lutin aussi.

Nivori, émerveillé, osa demander :
— C’est donc toi, le créateur de la neige éternelle ?

— Oui, Nivori. Oui.
Emporte ces flocons avec toi. Tu en auras besoin, là-haut.
Puis il ajouta, doucement mais fermement :
— Et maintenant… va-t’en. Tu as encore beaucoup de route...

 

Conte n°13 — Le Secret du Chêne des Marais

Nivori poursuivait son voyage.
Il traversa de grandes plaines vallonnées, jetant parfois un regard nostalgique vers la chaîne de montagnes blanches qui s’élevait au loin. Là-haut… il aurait aimé s’attarder.
Mais il devait continuer, toujours plus vers le Nord.

Il longea une rivière dont la brume se faisait peu à peu plus dense, enveloppant le paysage d’un voile laiteux, propice à l’évasion. Perdu dans ses pensées, Nivori ne remarqua pas tout de suite que la rivière se divisait, ralentissait, s’étirait.
La terre devenait plus humide, plus sombre.
Un bois épais se dressait désormais devant lui, laissant à peine passer la lumière.

L’odeur de la tourbe l’envahit aussitôt. Une odeur profonde, humide, presque familière. Elle le replongea dans ses souvenirs d’enfance, lorsqu’il faisait voguer de minuscules bateaux sur les eaux du marais, tout près de… chez lui.

De grands chênes s’élevaient fièrement autour de lui. Leur bois sombre contrastait avec les larges feuilles lobées, encore teintées d’un rouge vif, qui tapissaient le sol.


En se frayant un chemin entre les zones humides et les troncs majestueux, Nivori devina soudain une cabane minuscule.
Un bruit sourd l’accompagnait — comme une cascade, ou plutôt un puissant jet d’eau.

Intrigué, il s’approcha et regarda par le carreau.
À l’intérieur, un tout petit lutin manipulait d’énormes morceaux de bois sombre, presque noir.
Il découpait des formes circulaires — pleines, épaisses — puis les déposait une à une près d’un mur d’eau.
Pas une cascade ordinaire… mais plusieurs filets d’eau d’une densité incroyable.

Nivori observait, fasciné.
Le petit lutin ne se doutait de rien, trop absorbé par son travail. Le bruit de l’eau masquait complètement les pas feutrés de Nivori sur les feuilles humides.

Le lutin prit un rond de bois et l’approcha d’un des filets d’eau.
Et là…
Nivori comprit.

Le filet d’eau, d’une puissance extrême, découpait le bois avec une précision incroyable, sculptant peu à peu un anneau fin.

Quelle magie…
Lui qui pensait que le bois et l’eau ne faisaient pas bon ménage découvrait que ce Chêne des Marais, né dans une terre gorgée d’eau, puisait justement sa force et sa couleur dans cette humidité.
Et qu’un jet d’eau pouvait, paradoxalement, lui donner forme.

Nivori voulut s’approcher encore…
Mais fidèle à lui-même, il trébucha.

Hip.
Hop.
Le voilà qui termina sa course la tête la première dans la boue du marais, à deux pas de la cascade.

Le lutin de l’atelier éclata de rire — même si Nivori avait frôlé la catastrophe, son oreille passant dangereusement près du filet d’eau.
Il lui tendit un torchon pour s’essuyer le visage et lui adressa un sourire complice.

Ils se comprirent sans un mot.
Ce secret-là ne devait pas être dévoilé.

Un clin d’œil.
Et Nivori reprit la route, un petit morceau de Chêne des Marais glissé dans sa poche, déjà impatient de lui donner vie… bientôt.

 

Conte n°14 — Le Message Caché

Nivori poursuivait son voyage, les yeux encore remplis de tous ces secrets dévoilés, le cœur réchauffé par tant de créations et de passions.
Car de la passion, il en avait vu…
Ces fées et ces lutins aimaient éperdument transformer la matière, les pierres, le bois, en rêves accomplis. Sans cette flamme, leurs créations ne porteraient pas autant d’énergie, ni cette magie si particulière.

Il avançait, sans s’arrêter, touchant parfois le morceau de bois glissé dans sa poche, sentant la force tranquille qu’il renfermait.

Un seul objectif guidait ses pas : arriver à temps.
Le 24, quoi qu’il arrive, il serait là.

Et puis… il pensa à son cadeau, à lui.
Celui qu’il devait, lui aussi, apporter à temps.
Le soir du 24.
Enfin. Après tant de mois sans Elle.

En secret, Nivori avait confectionné un anneau très particulier.
Un anneau qui, à première vue, pouvait sembler simple. Presque ordinaire.
Et pourtant…

Il y avait glissé un mot.
Un mot caché, dissimulé dans la matière même.
Un mot qui ne se révélerait qu’au terme d’une ultime étape — une étape qu’Elle seule pourrait accomplir.

Rien au monde ne pourrait effacer ce message.
Il était dans la matière, scellé par la magie… et par le savoir-faire précieux de son complice de l’atelier.
Depuis des mois, Nivori l’avait imaginé, peaufiné, rêvé.
Tout devait être parfait.

Ce soir-là, son cœur était doublement rempli.
D’un côté, cette urgence douce et brûlante d’atteindre son but, l’impatience de ce moment unique où il pourrait déposer l’anneau dans sa si petite paume.
De l’autre, une nostalgie profonde, celle de tous ces instants qu’il n’avait pas pu vivre avec Elle ces derniers mois.

Et pourtant…
Elle était toujours là.
Encore. Toujours.

Ce soir, Nivori le savait.
Il y arriverait.
Contre vents et marées.
Et s’il devait en affronter… il était prêt.

 

Conte n°15 — Le Lutin Noir et Violet

Par monts et par vaux, Nivori progressait vers le Nord.
Les vallons se faisaient moins verts, les arbres de plus en plus rares. Il suivait les cours d’eau, dont les rives se couvraient peu à peu de glace. L’humidité laissait place au givre, formant de sublimes cristaux qui captaient les rares rayons de soleil rasant.

Dans cette atmosphère figée, presque silencieuse, Nivori aperçut au loin une fumée.
L’odeur du feu de bois embaumait le vallon.

Il s’approcha et découvrit une hutte recouverte de tourbe et de copeaux. À quelques pas de là, une faille dans la paroi rocheuse attira son attention.
Entre la hutte et la roche, des traces de pas se dessinaient dans le givre…
Étrange détail : elles étaient blanches en direction de la faille, et noires dans le sens inverse.

Intrigué, Nivori se glissa dans la roche et s’avança prudemment dans la pénombre.
Après de longues minutes, il déboucha dans une grotte d’un noir brillant, presque profond comme la nuit.

Tout au fond, un lutin frappait la paroi avec un lourd outil pointu.
Boom.
Boom.
Boom.

Craaaaque !
La roche se fendit d’un coup et, avant même que Nivori n’ait le temps de réagir, un immense nuage de poussière noire l’engloutit.
Au sol restaient de magnifiques fragments de roche de carbone.

Le lutin se retourna, aperçut Nivori… et éclata de rire.

— Mais que fais-tu là, petit lutin ?
Tu aurais pu m’avertir… on aurait évité ça ! Hahahaha !

Il riait à en perdre le souffle.
Car Nivori était désormais entièrement noir, couvert de suie de carbone…
Seuls ses yeux ressortaient, ainsi que ses chaussures… violettes.

— Bon, vu que les lacs sont gelés, tu risques bien de rester noir encore un bon moment, mon lutin !
Hahahaha !
Un voyage en noir et… violet, ça va être original !

Il essuya une larme de rire avant d’ajouter, plus doucement :

— Il y a des jours comme ça, Nivori. La curiosité joue parfois des tours.
Mais je te connais… tu trouveras bien une solution pour retrouver un état… normal.

Nivori, encore tout étourdi, se regarda.
Noir.
Violet.
Et pourtant, toujours prêt à reprendre la route.

Conte n°16 — La Force qui Fait Avancer

Nivori tenta de se « débarbouiller » tant bien que mal avec quelques cristaux de givre.
Ce n’était pas parfait, loin de là… mais comme il le dit en souriant :
« S’il n’y a plus que ça, ça ira. »

Alors il reprit sa route.
Plus de temps à perdre.
Le chemin était encore long.

Cette nuit-là, perdu dans ses pensées, il ne sut jamais combien de kilomètres il avait parcourus. Dix ? Vingt ? Cent ?
Ses pas avançaient seuls, tandis que son esprit vagabondait.

Il se remémorait tant d’aventures, d’épisodes intenses, de batailles traversées.
Contre vents et marées.
Une expression que beaucoup utilisent sans y penser… mais pas Nivori.
Car lui, il avait réellement traversé des vents violents, des marées puissantes, des forces qui semblaient vouloir l’empêcher d’avancer.

Avancer…
Mais vers quoi, au fond ?

Très tard dans la nuit, la réponse s’imposa à lui.

Il avançait pour réaliser des rêves.
Pas un seul.
Des milliers.

Des rêves qu’il attrapait en chemin, comme dans son toboggan de lumière.
Les rêves d’une famille qui mérite plus que tout.
Les rêves de celles et ceux qui, parfois, n’y croient plus. Ou n’osent plus.

Nivori et ses complices lutins avaient cette volonté farouche de réussir.
De dépasser les barrières, même lorsque celles-ci semblaient infranchissables.
Mais alors… d’où venait cette force ?
Quelle énergie permettait de garder cette foi si puissante, encore et encore ?

Nivori, lui, le savait.

Car à ses côtés, une fée virevoltait.
Elle tourbillonnait, libre et lumineuse.
Une fée qui ne connaissait pas le mot impossible.
Alors elle repoussait les limites, même celles que l’on croyait insurmontables.

Elle aussi prenait parfois de plein fouet des coups de vent.
Elle aussi se laissait submerger par des marées trop fortes.
Mais toujours, elle se relevait.
Elle secouait ses ailes, les libérait… et reprenait son vol.

Elle tournoyait autour de Nivori — et des autres — libérant cette force immense que le lutin, parfois, laissait se cacher au point d’en oublier la présence.

Pourquoi avançait-il sans jamais s’arrêter ?
Pourquoi poursuivait-il son chemin, coûte que coûte ?

Parce qu’elle virevoltait.
Parce qu’elle croyait.
Parce qu’elle se nourrissait des rêves réalisés.

Et tant qu’elle serait là…
Nivori avancerait.

Conte n°17 — Le Manège d’Argent

Nivori poursuivait son petit bonhomme de chemin.
Un petit bonhomme en chemin… drôle d’expression, quand on y pense.
Enfin bref.

Notre mini, mini, mini lutin venait d’arriver dans un village de lutins.
Un endroit secret, discrètement construit au cœur même de la forêt.

Il se faufilait entre les grandes herbes, jetant des regards curieux par les vitres et les portes entrouvertes. Dans l’un des minuscules chalets, il devina un grand four. Devant, un lutin manipulait une louche, probablement en train de faire fondre de l’argent pour créer un anneau moulé… un peu comme les lapins de Pâques…
Non. Stop.
On s’égare.

Nivori était désormais au cœur de ce village surprenant. Il décida de s’introduire dans une cabane voisine — juste à côté de celle du four aux… anneaux.
Il s’agrippa aux vestons des lutins pour grimper jusqu’à l’atelier.
Il était devenu habile, notre Nivori.

Arrivé sur la table, profitant d’un instant d’inattention, il sauta sur un énorme anneau en argent.
Les sillons étaient IMMENSES.
À chaque rainure, il devait sauter, puis escalader la suivante.

Pris dans son jeu d’escalade, il ne vit pas la grande lame s’approcher…

Fratsch !
Une gigantesque rainure se creusa sur toute la largeur de l’anneau.

Le lutin tourna à peine l’anneau.
Nivori s’agrippa, ressauta dans un autre sillon…
Fraaatsch !
Encore une rainure.

Le lutin était agile, enchaînant rotations et entailles.
Nivori transpirait quand, soudain, l’anneau fut soulevé et amené près d’un immense moteur — une tige horizontale tournant à une vitesse folle.

Là…
C’était mal engagé.

Le voilà accroché dans son sillon, tournant, tournant, tournant autour de la tige.
Jusque-là… ça va, se dit Nivori.

Mais alors s’approcha un énorme pinceau noir, trempé dans un liquide à l’odeur… épouvantable.
Flatsch !
Le voilà recouvert d’un liquide brun-noir, puant.

Ça tourne.
Ça tourne encore.
L’odeur s’atténue, le liquide s’évapore… il a froid.

Puis tout s’arrête.

Nivori reste prudemment blotti dans son sillon quand, soudain, surgit une immense brosse.
Comme celles des stations de lavage pour voitures, vous voyez ?
Exactement ça.

Sauf que cette fois…
Ce n’était pas une vitre de voiture qui allait se faire brosser....
C’était le visage de Nivori.

Nettoyé.
Malmené.
Brossé.

La bonne nouvelle ?
Après quelques tours, plus de liquide qui pue, plus de suie, plus de violet.
Enfin… presque.
Ses chaussures, elles, semblent définitivement violettes.

Le voilà propre comme un sou neuf.

Il observe alors l’anneau.
Et… wow.

Les contrastes.
L’argent brillant, puis foncé.
Les sillons adoucis.
Les rainures dessinées.
C’était tout simplement magique.

Et lui aussi, il était tout propre.

Bon.
Il fallait quand même qu’il aille se cacher…
Parce qu’après ce manège d’argent, Nivori avait comme un petit… mal de mer...

La suite... demain !

Conte n°18 — L’Invitation de l’Atelier
Nivori n’avait pas prévu de rester. Vraiment pas.Après son incroyable manège d’argent, de sillons, de brosses et de tournis, il n’avait qu’une idée en tête : reprendre la route. Toujours avancer.Mais parfois, ce sont les autres qui décident pour vous.Alors qu’il se glissait discrètement sous la table de l’atelier — histoire de retrouver ses esprits — une voix résonna au-dessus de lui :— Hé… toi là-dessous !Oups.Nivori leva lentement la tête. Autour de lui, plusieurs lutins de l’atelier s’étaient rassemblés. Des lutins aux mains noircies par le métal, aux yeux brillants, aux tabliers tachés de mille histoires.— Tu as survécu à l’anneau, dit l’un d’eux en souriant. — Peu y arrivent, ajouta un autre, amusé.Nivori se redressa tant bien que mal, encore un peu étourdi.— On ne te voit pas souvent par ici, reprit une lutinette aux cheveux argentés. — Et encore moins grimper dans nos créations.Il allait s’excuser. Promettre de repartir. Dire qu’il n’avait pas fait exprès.Mais avant qu’il n’ouvre la bouche, quelqu’un déclara :— Viens donc avec nous.Une invitation. Claire. Inattendue.Ils le conduisirent à l’arrière de l’atelier, là où les machines se taisent et où le temps ralentit. Une grande table en bois, quelques tasses fumantes, des éclats de métal qui scintillaient encore.— Ici, on partage, dit un lutin. — Les idées, les erreurs… et parfois les histoires.Nivori s’assit. Pour une fois, il ne pensait pas au chemin à venir.Ils parlèrent longtemps. De rêves griffonnés sur un coin de table. De créations ratées devenues, finalement, des merveilles. De bijoux qui portent plus que du métal : des émotions.Nivori écoutait. Il comprenait.Avant de partir, l’un des lutins posa doucement une main sur son épaule :— Tu peux continuer ton voyage. — Mais n’oublie pas : parfois, avancer, c’est aussi accepter de s’arrêter… et d’être invité.Nivori sourit.Il se leva. Reprit son sac. Et sortit de l’atelier.Le cœur un peu plus chaud. Et l’esprit rempli de nouvelles étincelles.La suite… demain :scintillements:

Conte n°19 – La mission secrète

À quelques jours seulement du 24, notre lutin n’a pas franchement d’avance.
Mais Nivori a plus d’un tour dans son sac… et ce soir-là, il choisit de rester caché dans un coin secret de la montagne.

Car il a une mission bien particulière.

Demain, le Père Noël a rendez-vous avec les enfants de la mood family, et il a confié à Nivori une tâche très spéciale :
préparer de petits cadeaux pour eux…
et, accessoirement, les livrer.

Première étape : préparer les surprises.

Nivori attrape quelques étoiles brillantes,
demande à son ami lutin des roches de lui apporter une jolie sélection de pierres étincelantes,
fait appel aux lutines du village pour des fruits secs, des douceurs chocolatées dont elles seules ont le secret…

Puis il emballe.
Sachet après sachet.
Ruban après ruban.

Les heures passent.

Il va bientôt falloir livrer tout cela… sans mettre en péril son propre voyage vers le Grand Nord.
Hum hum…
Nivori a bien une idée.
Mais pas sûr que le Père Noël soit très ravi.

Bon… après tout, c’est un peu pour lui aussi.

Il a déjà voyagé. Beaucoup.
Il connaît les trucs, les astuces, les raccourcis célestes.
Et puis…
il sait exactement où est garé le traîneau.
Il connaît bien les rennes aussi.

D’ailleurs, ces bêtes-là sont au repos.
Un petit entraînement avant la grande nuit ne leur ferait pas de mal, non ?

Le voilà convaincu :
son idée est géniale.

Ni une ni deux, il entraîne discrètement une petite équipe de rennes.
Les plus vigoureux.
Les jeunes.
Les très, très excités à l’idée de la nuit de Noël qui approche.

Il les harnache avec soin.
Bon… le petit hic, c’est qu’il est un peu… petit, justement, pour bien les tenir.
Mais qu’à cela ne tienne.
Il va y arriver.

Et le voilà parti,
virevoltant un peu vite,
d’étoile en étoile,
de toit en toit,
de mood store en mood store.

Ni vu ni connu.

Nivori n’est pas peu fier :
il a géré un traîneau.

Mais au moment du retour,
alors qu’il s’approche discrètement du parc aux rennes…
il ralentit.
Encore.
Encore…

Sans voir que le traîneau, trop lourd,
commence à perdre un peu trop d’altitude.

Et là…

PATACRA.

Le voilà pendu à un sapin.
Les jeunes rennes surexcités se sont échappés.
Le traîneau a perdu un patin.
Les guirlandes se sont enroulées autour de l’arbre.

Bon…
ça ira, hein ?
Oui… ça ira ?

Purée.

Notre lutin est mal barré.

À suivre… ✨🎄

 

Conte n°20 — Entre le givre et l’éclat

Le lutin est encore sonné par son atterrissage raté.
Les rennes ? Ils ont pris la poudre d’escampette.
Le traîneau ? Disons simplement qu’un miracle sera nécessaire pour le réparer à temps…

Mais pour l’instant, Nivori est coincé là, suspendu dans un sapin givré.
Encore groggy, il ne sait plus très bien où s’arrête la réalité et où commence le rêve. Le givre lui glace le visage, le froid s’insinue partout, lentement, dangereusement. Il frissonne, il a froid… trop froid.

Ses paupières se font lourdes quand, soudain, une lueur apparaît.
Une lame ?
Non… une pointe. Fine. Terriblement tranchante.

Argh.

La pointe s’approche et commence à tracer, une à une, les branches du sapin… dans la matière même. Nivori n’a pas vu que quelqu’un travaillait juste au-dessus de lui, une petite lime courant avec précision. Trop tard pour réfléchir : il court, il saute. À chaque branche gravée, il bondit, évitant de justesse la pointe brillante.

De sapin en sapin, de branche en branche, la course s’emballe.
Son cœur bat à tout rompre. Il espère, de toutes ses forces, que tout cela n’est qu’un rêve.

Et puis…
Tout s’arrête.

Le silence retombe, profond, presque sacré.
Nivori ose ouvrir les yeux.

Autour de lui s’étend une forêt scintillante. Chaque branche brille, chaque relief capte la lumière. Le sol est un fond d’argent poudré, délicat, lumineux. Une forêt gravée, vivante, éclatante.

Quel spectacle.

Rêve ou réalité ?
Il se sent pourtant bien vivant, au cœur d’un univers d’une beauté irréelle, baigné de calme et de lumière.

A-t-il vraiment survécu ?
Ou vient-il d’entrer dans un nouveau monde…

À suivre. ✨

 

Conte n°21 — Les trois nuits les plus longues

Nivori s’était assoupi.

Malgré l’excitation du voyage, l’intensité des émotions, la peur aussi — et surtout ce choc à l’arrivée, si peu maîtrisée, dans les sapins — tout cela l’avait profondément secoué. Son petit corps avait fini par céder au sommeil.

Mais que s’était-il réellement passé ?
L’épisode des sapins givrés… était-ce un rêve ? Une hallucination née du froid et de la fatigue ?

Pourtant, lorsqu’il bougea légèrement, il se rendit compte qu’il était encore couvert d’une fine poudre d’argent givré.

Après quelques secondes, Nivori tenta de comprendre où il se trouvait.
Il n’était plus dans la forêt.
Il faisait chaud.

Une douce musique de Noël flottait dans l’air, rythmant les mouvements de lutins qu’il devinait maintenant tournoyer autour de lui. Oui… il y avait d’autres lutins. Mais lui, si minuscule, comment était-il arrivé là ?

Le souvenir des pointes gravant les sapins lui revint brusquement en mémoire.

Il leva les yeux et découvrit alors, à quelques pas de lutin, une véritable forêt de sapins… dessinée dans des dizaines d’anneaux d’argent soigneusement alignés. En tournant la tête, il reconnut le bois de l’atelier et — un frisson lui parcourut l’échine — une multitude de pointes tranchantes, de toutes tailles.

Et là, il comprit.

Il était tombé dans l’atelier de fabrication des anneaux givrés et des forêts gravées.

Mais alors… cela voulait dire qu’un lutin l’avait découvert. Et sauvé.

Comme pour confirmer sa pensée, deux yeux scintillants apparurent près de lui. Le lutin était là. Avec une infinie délicatesse, il déposa une petite ouate douce et chaude à côté de Nivori.

Repose-toi encore, petit lutin. Tu as vécu une sacrée histoire…
Sais-tu que tu étais juste sous ma lame, au moment où je gravais la forêt ? Tu as vraiment failli y rester… J’ai cru qu’un débris de bois s’était glissé dans ma gravure. J’ai pris le soufflet pour chasser la poussière d’argent… et ce “déchet” qui n’en était pas un. C’était toi. Tu as failli finir dans la grande peau de récolte d’argent. Je t’ai attrapé à temps.

Nivori n’en revenait pas.

Il était là.
Dans l’atelier des forêts.
Si près du but.

Les forêts gravées étaient sublimes. Et dans les yeux émerveillés des lutins, il sentait renaître l’espoir, l’énergie, la certitude qu’il toucherait bientôt au terme de son voyage.

Mais une question le taraudait déjà :
Comment allait-il parcourir la dernière étape ?
Comment finaliser les créations dont il portait le secret ?
Sans ses affaires… avec un traîneau brisé…

Heureusement, cette nuit-là n’était pas une nuit comme les autres.

C’était la plus longue de l’année.

Il allait pouvoir établir un plan. Réparer le traîneau. Retrouver les jeunes rennes. Récupérer son sac contenant le livre des rêves, le morceau de bois, la poudre de diamants…

Il lui restait trois nuits.

Les plus longues.
Les plus étoilées.

Plus que trois nuits. ✨

Conte n°22 – Ensemble

Il ne restait plus à Nivori que deux nuits et un jour.
Deux nuits pour faire un miracle.
Deux nuits pour aller chercher l’impossible.

Comment ?
Il le savait depuis le début.

Ses fées.
Ses lutins.
La forêt.
Tout était là, avec lui.
Car ensemble, la magie opère.

Ce soir-là, alors que l’espoir commençait à vaciller, elles apparurent.
Les fées.
Encore plus minuscules que lui.
Presque invisibles.
Elles se réunirent autour de Nivori, tournoyant dans l’air froid, leurs ailes battant doucement, libérant cette poudre brillante qui rend la vie incroyablement… possible.

Nivori les regarda, le cœur serré.
Et il sut.

Il n’avait qu’une chose à faire : leur confier sa mission.
Retrouver son sac.
Et tout ce qu’il contenait de précieux.

Ni une, ni deux.
Un tourbillon de magie s’élança à travers les brumes, glissa entre les branches, traversa la forêt entière.
Ensemble, par leur force réunie, elles ramenèrent le sac.
Intact.
Chargé de rêves.

Et le traîneau ?

Il n’eut même pas besoin de demander.

Car les arbres eux-mêmes avaient compris l’urgence.
La puissance du moment.
La nécessité d’agir.

Le bois, la vie, la forêt tout entière s’étaient mis en mouvement.
Sans que Nivori ne sache comment, le traîneau retrouva un patin neuf,
des lanières tressées plus solides et plus belles encore,
et les jeunes rennes, fiers et disciplinés, le ramenèrent au village, dans le grand parc.

Comme un clin d’œil.

La nature.
La magie.
Tout lui souriait à nouveau.

Cette énergie, celle qui lui manquait, lui fut insufflée d’un seul coup.
Il en aurait besoin pour affronter la dernière étape.
Le Grand Nord.
Les terres arides.
Le souffle glacé, capable de figer le courage et d’emporter les plus déterminés.

Il devait garder le cap.
Dans la pénombre.
Sans lumière.
Guidé uniquement par son but.

C’est alors qu’il le rencontra.

Un lutin.
Vieux.
Très vieux.
Celui dont on a presque oublié l’existence.
Celui qui sait comment traverser ce dernier chemin,
contre vents… et tornades.

Nivori, ça va aller… murmura le vieux lutin.

Mais comment ? répondit Nivori, le regard empli de doutes.

Le vieux lutin sourit.

Ça… tu le sauras après une bonne nuit.
Car tu vas avoir besoin d’être…
…au taquet.

À suivre…

 

✨ Conte n°23 — Contre vents… et avec les tornades

Nivori écouta le conseil du vieux lutin.
Il se réveilla plein d’énergie… et aussi de curiosité, impatient de partager avec lui cette dernière étape du long voyage.

Car pour atteindre sa cible, il allait lui falloir quelque chose d’extraordinaire.
Même « au taquet », ses simples pas ne l’amèneraient jamais tout au Nord à temps.

Un peu anxieux, mais confiant en ce vieux lutin, Nivori s’équipa et s’approcha de la minuscule hutte que celui-ci avait construite, bien à l’abri dans un creux de terre.

Petit lutin, dit le vieux en le voyant arriver,
es-tu prêt à vivre une journée et une nuit à mille à l’heure ?
Au sens propre… comme au figuré ?

Oui !

Bon… alors allons-y.

Il fit tinter une petite clochette, d’un timbre très aigu, métallique, presque inaudible.

Et là, un phénomène absolument incroyable se produisit.

Tout autour d’eux apparurent des halos de couleurs, des voiles de lumière brillants, mouvants, vibrants.
On aurait dit des aurores boréales… mais plus ils s’approchaient, plus Nivori distinguait de minuscules points lumineux, semblables à des lucioles.

Ce n’étaient pas des lucioles.
C’étaient des fées.
Minuscules, innombrables, ailes battantes, se déplaçant dans un rythme parfaitement synchronisé.

Le vieux lutin s’avança.
Le voile de lumière forma un cercle autour de lui.
Nivori ne le voyait presque plus, ébloui.

Et soudain, il le vit s’élever doucement.
Le cercle s’inclina, puis commença à avancer.

Nivori comprit.
Les fées allaient créer un vortex.
Une tornade de lumière.
Une force capable de propulser le vieux lutin en avant, plus vite, plus loin.

« Contre vents et… tornades », avait-il dit la veille.
Mais en réalité, ce n’était pas contre qu’il allait avancer.
C’était avec.

Avec cette puissance extraordinaire, pour franchir les distances impossibles.

Après cette démonstration saisissante, le vieux lutin revint vers Nivori et lui donna des instructions simples, mais essentielles :

Laisse-toi guider. Fais-leur confiance.
Mais souviens-toi… c’est toi qui diriges.
Tu dois garder coûte que coûte le cap, ta cible.
Peu importe le doute, le trouble, la fatigue ou l’émotion.
C’est toi… et ensemble, avec cette énergie exceptionnelle,
nous atteindrons le Nord d’ici demain soir.

Il le regarda droit dans les yeux.

Es-tu prêt ?

la suite.... demain.

✨ Conte n°24 — La dernière pièce

Nivori était prêt.

Entouré de mille et une petites fées brillantes, il se sentit monter…
Monter encore…
Puis, peu à peu, prendre de la vitesse.

Il tourbillonnait dans cette tornade de lumière et, comme le lui avait demandé le vieux lutin, il se concentrait.
Il gardait le village du Père Noël bien, bien ancré dans son esprit, comme une étoile-guide pour diriger son voyage.

La lutte était intense.
Tant d’énergie…
Mais aussi tant de beauté.

Le froid mordant, les étoiles éclatantes, la brillance des fées autour de lui — tout l’attirait, tout l’invitait à regarder ailleurs.
Mais Nivori tenait bon.

Les heures passèrent.
Il était épuisé.
Son corps réclamait du repos, ses pensées se faisaient lourdes…
Mais il le savait : plus que quelques heures.

Alors il continua.
Sans relâcher.

Et enfin, peu à peu, le tourbillon s’adoucit.
Il ralentit.
Puis se déposa délicatement au cœur de la lisière de la forêt, à deux pas seulement du village.

Les pieds enfin sur Terre, Nivori posa une main sur son sac à dos.
Il était toujours là, solidement ancré à ses épaules.

Il était prêt pour la dernière étape.

En poussant la porte de l’atelier, il fut accueilli par des regards lumineux et des sourires francs.
Ces lutins-là resplendissaient d’un bonheur particulier : celui d’être aux côtés de la fin du grand voyage.

Ici, on termine.
On peaufine.
On emballe.

On ajoute la touche de magie.
On glisse un brin d’émotion.
Et surtout… énormément d’amour, dans chaque petit et grand paquet.

Nivori s’installa à sa place.
Il sortit le bois, le diamant, la poudre.

Et il se mit à l’œuvre.

Limer.
Pousser.
Fraiser.
Sertir.

Le temps pressait.

Épuisé mais heureux, il arriva enfin au bout.
Une dernière finition…
Puis l’emballage, soigneux, délicat.

Et à l’intérieur, un mot.
Un mot que Elle seule verrait.

Les hottes se remplissaient.
Les lutins donnaient tout, jusqu’au dernier souffle, prenant soin des ultimes détails.

Ça y est.
Enfin.

Grâce à toutes et à tous, l’impossible était devenu possible.

Il ne restait plus qu’une étape désormais.

Le voyage.